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Tel désastre est peint- 3eme Partie Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par ALCIBIADE   
12-07-2009

Dans la 2eme Partie : C’est donc à cela que tout se résout, à une puissance sans attributs, à une nobilitas sans noblesse, à des patriotes sans patrie et à des dieux sans Olympe. Dans cette nuit sans fond, s’impose donc la nécessité du retour à la terre mère (au sens propre et figuré), à la modestie, à la discrétion et au labeur d’un idéal édifié motte après motte. Notre espoir réside peut-être en ces femmes sourdes aux ovations, riches de leur mépris de l’immortalité et acquittées d’avance au tribunal de la postérité, telles Amandla  qui ne se contentent plus de rêver, d’éructer leur africanité, de la cracher, de l’expectorer à tout va, qui ne pensent pas qu’à coups de rituels ou qu’à trompeter pompeusement l’avènement d’une nouvelle Jérusalem ou plutôt d’une nouvelle Thèbes, surviendra l’ultime résurrection. D’ailleurs, sur le chemin de la réincarnation, elles se perdent moins souvent que les hommes. 

….Suite…..

 

Que n’a-t-on dit sur la romancière d’origine camerounaise accusée pêle-mêle de constats fantaisistes (les Noirs seraient trop obsédés par leur couleur de peau), d’approximations sur les haines tribales au Cameroun, de disserter sur des pays qu’elle ne connaît plus vu qu’elle n’y met plus les pieds, de courir les prix hexagonaux ou de dénigrer les plus  « conscients » des frères tout en exonérant les politiques étrangers de leur responsabilité dans le marasme africain ?

A son endroit, on a même parlé de Calixthe Beyala bis  ou de  kelmanisme light  afin d’alerter la vigilance des uns sur le senghorisme persistant des écrivains camerounais. Pourtant l’allégorie qui ouvre le roman relève d’un souci éthique –Amok  dénonce à la police un homme qui bat sa femme brisant ainsi la loi du silence; pris de remords, il se demande si au fond la femme peut-être sans-papiers n’aurait pas préféré la bastonnade journalière au charter, avant que les flics ne le contrôlent à son tour-. Cette séquence pose tout le problème du littérateur en tant que critique social. Se taire et laisser pourrir la situation ou la stigmatiser au risque de l’envenimer, de passer pour un traître, de recevoir les hommages de l’ « ennemi » et/ou pire le mépris du « camp d’en face » qui certes profite de la délation mais dédaigne les corbeaux quelque utiles qu’ils puissent être. Par endroits, l’agacement semblera justifié. Description caricaturale du panafricanisme ultra méditerranéen. A propos d’Amandla, « elle habiterait une petite maison aux murs de terre. Elle ne les ferait pas peindre ». « Ainsi elle vivrait non pas seulement sur le sol kémite mais bien dans cette terre ». Ou l’indignation quand elle évoque l’auditoire de caissières, de femmes de ménage de la Fraternité. Mais la plupart du temps, les critiques font fausse route.

Certes comme beaucoup avant elle, Miano entend insister sur le fait que les Africains accordent encore trop d’importance au passé pour pouvoir se créer un futur acceptable- si ça ne va pas, c’est qu’ils sont incapables de regarder vers l’avenir, de s’analyser et de trouver en eux les solutions-,  mais contrairement à un Kelman,  elle ne parle pas non plus du « dolorisme ignoble » de ceux qui entretiennent peut-être trop fidèlement le souvenir des combats passés.

Si dans son dernier livre des personnages secondaires comme Ajar ou Shale ne cachent pas  leur aversion pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à un Noir (menteurs, égoïstes, lâches, incultes, peu fiables, dénués de tendresse et de sensibilité), reconnaissons-le, ce ne sont que des voix parmi d’autres. Point n’est besoin d’en faire une autre Beyala, pour disqualifier d’emblée une démarche encore trop sacrilège aux yeux de certains, la démystification du machisme originel des sociétés africaines prises dans la modernité.

Ce qu’on ne lui pardonne sans doute pas ce sont les contradictions qu’elle relève chez ces engagés de la rénovation africaine (Shrapnel qui s’emploie d’autant plus pour la cause qu’il est incapable d’aimer son propre fils et de l’assumer aux yeux des autres), leurs mobiles refoulés (pour beaucoup la question africaine est devenu un opium contre les frustrations personnelles d’une existence étriquée et fade), leurs mythes, celui d’une homosexualité importée par les colons pour nous corrompre, nous qui par l’esprit leur sommes si supérieurs  p.140 : « Ils n’avaient pas de leçon à donner. Ils n’avaient pas engendré d’humains meilleurs que les autres ». p.140-141 : « Ce que les descendants des dominés refusaient de voir, c’était qu’ils auraient fait de même s’ils en avaient eu la possibilité. Ils auraient envahi. Terrassé. Dominé ». Plus objectivement, certaines idées de la romancière n’ont pas été suffisamment exploitées. Lorsqu’elle évoque l’impact de la colonisation et des traditions sur les relations  entre hommes et femmes noires (entre le père et la mère d’Amok, par exemple), sur la façon dont la grande histoire a pourri la sphère privée, mis de la distance entre les frères et les sœurs, les parents et les enfants, les maris et les femmes, elle ne fructifie pas assez son intuition, elle ne tire aucune analyse sur la manière dont tout cela affecte la capacité à faire la grande histoire ; elle n’explique pas assez ce processus de destruction générale de la confiance politique. Elle en constate seulement les morcellements. Amok écarte tout engagement, refroidi qu’il est par l’historique familial ; mais est-ce vraiment tout? Les  partisans d’un retour à l’authenticité ne font  rien d’autre que palabrer mais leur combat est-il pour autant superflu ? Ils sont sans doute l’esquisse, l’ébauche, le croquis encore incertain d’une génération d’idéalistes en gestation aux ambitions et aux fins bientôt plus larges et abouties que la maison en poto poto d’Amandla. Sans vision d’envergure, sans cette témérité et même cette folie propre aux  hommes, rien ne changera vraiment. En attendant profitons de son appel à l’individuation, rejetons de la patrie et parfois fils de l’exil, réjouissons-nous le cas échéant de ce double héritage, accueillons et protégeons ce qu’il y a d’étranger en nous ; aduler le passé ne nous rendra pas notre avenir, cessons de nous affliger du regard que les autres portent sur nous ou de la diffamation perpétuelle des calomniateurs. Ce livre, le panorama le plus vaste qui soit sur notre  jachère spirituelle, en appellera fatalement de plus grands. /-

 


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