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Tel désastre est peint- 1ère Partie Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par ALCIBIADE   
11-07-2009
Index de l'article
Tel désastre est peint- 1ère Partie
Page 2

En vacance d’inspiration, et quand la vigueur du corps prend congé, méditer des œuvres de génie conserve sans doute  du désespoir. Mais croiser un auteur dont les préoccupations vous sont familières, surtout quand il est constamment objet de polémique est un plus sûr stimulant contre la panne de verbe, pour le retour à la puissance et à la jouissance d’écrire.  Depuis quelques années, Leonora Miano s’est imposée comme un écrivain de valeur surtout en France où distinctions, succès public et louanges critiques ont maintes fois salué la qualité de sa prose.

Mais pour certains docteurs ès « ce qu’on a le droit de dire sur l’Afrique », cette réussite d’une intellectuelle africaine vaut certificat de traîtrise à la cause mélanoderme. Le reproche le plus courant pour un écrivain Noir à succès, surtout très en faveur auprès des medias français c’est celui d’agent double au service de la machine à aliéner occidentale. Quoiqu’on ne goûte pas « les éveilleurs de consciences », ces bénévoles de la propagande anti-repentance  prétendant guider les Africains sur le chemin de la rédemption par amendements sincères plutôt que par réquisitoires éculés contre l’esclavage et la colonisation, la virulence de certains anathèmes a quand même de quoi laisser perplexe. Comme toujours tenant enfin l’objet de l’autodafé, l’on se retrouve en peine d’effigie à immoler, d’émissaire à égorger ou d’hécatombe à fumer car le talent de l’auteur crève les pages et les yeux. Seules une acrimonie, une mauvaise foi, déplacées et les éclats chroniques des trafiquants d’histoire coloniale justifient encore qu’on lui dispute son sacerdoce d’artiste préposée à l’édification culturelle et intellectuelle des lecteurs. Souffle du phrasé, art du conte, finesse du regard, intelligence et culture abondent ce labourage méticuleux de nos plaies collectives. Celles d’un continent vivant, mouvant et de fait inaccessible à ses enfants exilés de la diaspora, décidés à restaurer sa splendeur perdue, obsédés qu’ils sont par leurs rêves de grandeur mais comme transis par cette litanie plaintive et accusatrice envers l’occident, terre originelle de tous les mots et de tous les abandons. Ils croient la capturer à coups de revivals, mais leur continent, leur mère rêvée existe, se bat, se meut sans eux, insoucieuse de ces adorateurs de couleur qui lui dénient son droit à l’Universel, à la non différence se refusant à parapher l’œuvre de déshumanisation du colonisateur. Ce livre c’est un peu l’histoire de Jérémie noyé par ses lamentations et essayant d’ériger un mur d’autant plus haut que Dieu ne lui fera même pas l’obole d’une audience. Comment en est-on arrivé là ? A ce que les geignements priment sur l’action ? Quel tombeau pour ces nouvelles pleureuses ? Avec maladresse parfois, et pertinence souvent, la Camerounaise pose des questions et apporte ses réponses.


 
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